01 – les cinq derniers jours

 

Retranscription approximative

Dans ce podcast, je veux partager avec vous des outils qui m’aident à affronter la page blanche. Des outils concrets, des outils psychologiques, des outils philosophiques, des outils anthropologiques. En gros, c’est un voyage dans le processus créatif qui est le mien, et qui je l’espère fera écho. Si c’est le cas, si ça fait écho, alors je t’invite à te renseigner sur l’offre de coaching que je propose pour les créatifs/créatives en proie au syndrome de la page blanche. Et si tu as toi-même une expérience à partager, s’il te plaît contacte moi, j’ai listé une liste de mes réseaux en barre d’info. Je suis à la recherche de témoignages autour de ce vécu intime du manque d’inspiration, ça me passionne vraiment très fort.

Bon tu es bien installé, tu as le temps de partager un thé ou un café avec moi ? C’est parti.

Aujourd’hui dans cet épisode je vais vous parler de la mort, et d’angoisse existentielle. Si vous êtes mal à l’aise avec ce sujet, je vous conseille de le garder pour plus tard, ou de ne pas l’écouter.

La page blanche, c’est la mort.
Je me suis dit que j’allais commencer avec une posture radicale.
La page blanche, c’est se confronter au vide. C’est se confronter à l’absence de direction. On ne sait pas quoi faire de sa plume, on ne sait pas par où commencer, on ne sait même pas comment s’y mettre, d’ailleurs. On a devant nous une infinité de possibles, on a la possibilité de tracer notre propre voie, de construire notre propre récit, et pourtant… rien.

La page blanche, c’est la vie. On a un espace, la page, et un temps donné pour créer du sens.
Normal que ça soit l’angoisse. Parce que, face à cette page blanche, on est libre.
Et la liberté c’est terrifiant.

Tu peux faire ce que tu veux, vas-y, créé.

Dans son bouquin des jeux et des hommes, le sociologue Roger Caillois parle des différents types de jeux. Il distingue le ludus, le jeu structuré, de la paidia, le jeu sans règles. En 2016, j’ai proposé un exercice à un groupe d’adultes : on va tenter de jouer sans règles, d’expérimenter cet état de paidia. Et rien que pour proposer cette expérimentation, j’ai du fixer trois règles : on joue dans cet espace, on joue pendant dix minutes, et on joue pour rien. Trois règles pour un jeu sans règles.

Est-ce que la liberté existe ?
C’est quoi, être libre ?

Lacan, un psychanalyste, il dit qu’on peut pas apprivoiser le vide. Il dit que c’est comme un trou noir dont on peut seulement délimiter les bordures. Et Nietzche, un philosophe, il dit que quand on regarde à l’intérieur de l’abysse, l’abysse regarde à l’intérieur de nous.

Bon.

La page blanche, c’est la mort, on a dit.
Du coup vas-y on fait un jeu. On dirait qu’on allait mourir dans cinq jours.
Cinq jours, top chrono. Tu viens d’apprendre que c’est la fin pour toi, la montre tourne. C’est l’angoisse, hein. Ok. En vrai c’est une expérience de pensée, tu vas pas vraiment mourir. C’est comme quand on était petit. On disait que on allait mourir dans cinq jours.

On m’a proposé cet exercice il y a deux mois, et ça a été une expérience folle. Si ça t’intéresse, je te raconte mon compte à rebours à la fin de l’épisode, mais d’abord je te donne les clés pour le faire toi, l’exercice, comme ça on pourra en discuter ensemble entre personnes initiées.

Donc, pour jouer au jeu des cinq jours, il faut que tu aies un peu de temps, et un peu d’espace, par exemple une page blanche, et que tu te poses cette question : « S’il ne me restait que cinq jours à vivre, à quoi les emploierais-je ? » Si cette question te semble trop productiviste, tu peux la modifier pour qu’elle corresponde à tes enjeux propres : à quoi passerais-je mon temps ? Que ferais-je du temps qu’il me reste ?

As-tu bien intégré la question ? Si oui, tu commences par le cinquième jour. Oui tu as bien compris c’est une page par jour. C’est l’emploi du temps de tes derniers jours avant de quitter la Terre. Donc le cinquième jour, tu fais quoi ?

S’il te plaît ne juge pas les pensées qui te viennent là tout de suite. Quelles qu’elles soient. C’est un exercice entre toi et toi, et tu n’as besoin de révéler ce que tu es en train d’écrire à personne. Toutes les réponses, j’insiste là-dessus, toutes les réponses sont valables. Par exemple, moi une des envies que j’ai eues c’était d’aller me faire tringler par un type que je connais vraiment très peu. C’est ok. C’est nos derniers jours sur Terre quand même.

Jour quatre. Est-ce que tu as un plan qui te vient ? Une truc à accomplir avant de quitter cette planète, cette enveloppe, cette vie ? Est-ce que ce truc est beaucoup trop ambitieux pour cinq jours, ah merde quatre on a passé un jour à se faire tringler par un inconnu, ou à pleurer seul dans notre chambre. Vas-y on le fait quand même, à l’arrache. Quatre jours c’est large en vrai. C’est quatre fois vingt-quatre heures, soit quatre fois vingt-quatre fois soixante minutes, soit quatre fois vingt quatre fois soixante fois soixante secondes…

tic tac tic tac

Jour 3. Là c’est le ventre mou. Peut-être que tu vis pas les mêmes étapes, peut-être que tu les vis pas dans le même ordre que moi. Peu importe. Si tu as eu, depuis le début de l’exercice, la tentation d’écrire une liste. C’est vraiment pas l’idée, la règle du jeu c’est vraiment de remplir un agenda en fait. Faut que ce soit réaliste, tu peux faire un découpage heure par heure si ça t’aide.

Jour 2. Plus qu’un jour.

Jour 1. J’ai écrit un jeu de rôle Grandeur Nature sur les derniers jours du monde. C’était l’histoire d’un club de lecture qui se réunit pour vivre la dernière semaine de l’humanité. Et ça se termine par un lever de soleil. Toutes les histoires devraient se terminer par un lever de soleil.

Ça y est, on est mort.

Comment tu te sens ?
Tu as noirci la page ?
Beh voilà.

Maintenant t’as trente, cinquante, soixante, quatre-vingt ans pour t’y mettre. C’est beaucoup plus que cinq jours. Allez go.

Tu serais surpris·e d’à quel point les réponses sont différentes. Ou peut-être que tu serais pas surpris·e, en vrai on se connaît pas. Si ça se trouve t’as rien écrit et tu trouves cet exercice tout à fait inefficace. C’est ok, peut-être qu’un autre outil fonctionnera mieux avec toi. Ou pas. On verra bien.

Merci d’avoir partagé ce moment avec moi. On se retrouve vendredi prochain pour un nouvel épisode. J’espère que tu seras là.

*

La phrase exacte de Nietzsche c’est : « Quand tu regardes l’abîme, l’abîme regarde aussi en toi. »
J’ai dit « abysse » parce que j’ai peur des fonds marins

la page blanche
Tu es dispo cet été et tu as envie de changer de peau pour quelques heures

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