04. Les trois intentions de l’artiste

script approximatif :

Bonjour et bienvenue dans intimatopia, le podcast qui vous aide à renouer avec votre créativité. Je suis Lille Clairence, et je vais bientôt mourir.

 

Je vais souvent à Bordeaux, pour des raisons professionnelles et personnelles. La dernière fois que je m’y suis rendu, j’ai bu un café avec un vieux pote, qui s’appelle Loïc, et la discussion que nous avons eu ce matin-là est m’a inspiré l’épisode d’aujourd’hui, du coup j’avais envie de lui exprimer ma gratitude. Merci Loïc.

 

On va parler de posture artistique, d’intention. L’intention, dans Wikipédia, est définie comme le dessein délibéré d’accomplir un acte, ou le fait de se proposer un certain but à atteindre. L’intention, c’est ce qu’on veut faire.

 

Mon intention, aujourd’hui, c’est de te proposer une grille pour analyser ta posture de créateur·ice, pour que tu puisses décider comment toi tu te positionnes soit dans ta pratique en général (“je suis tel genre d’artiste”), soit pour une oeuvre donnée. En effet, il est possible de naviguer entre les différentes postures que je vais proposer aujourd’hui, voire de switcher de posture à l’intérieur d’une même oeuvre.

 

Il s’agit d’un modèle, et comme tous les modèles, il a sûrement des limites. C’est un outil que je vous invite à questionner, pour voir s’il s’intègre à votre pratique, et si oui comment. Je suis assez curieux de vos retours à ce sujet, n’hésitez pas à m’en faire part.

 

Bon assez de teasing, le modèle des intentions de l’artiste que je vous propose aujourd’hui vise à identifier trois postures différentes, ayant chacune leur enjeu propre. Ces trois postures sont : la confrontation, la communion et la performance.

 

Confrontation, communion, performance. Je vais creuser un peu chaque posture, avec des exemples, pour que ça soit le plus clair possible.

 

La communion et la confrontation sont deux postures dites interractionelles, c’est à dire qu’elles ont besoin d’un public, là où la performance “se suffit à elle-même”. Je vais donc commencer par elle. La performance, c’est l’Art pour l’art. Dans l’idéal, la performance se présente à un public déjà acquis, qui sait ce qu’il vient voir et qui a les codes pour le recevoir pleinement. Et cela quel que soit le code. C’est presque un sport. Il s’agit non seulement de coller à ce qui est attendu, mais en étant particulièrement… performant, justement. Dans la plupart des arts dits “classiques”, c’est la performance qui est recherchée. Pour moi, la recherche expérimentale s’inscrit aussi dans l’enjeu de performance, même si on pourrait arguer qu’il s’agit de confrontation.

 

Beyoncé est un très bon exemple de performeuse. Si vous regardez un de ses spectacles, vous remarquerez que les interactions avec le public sont rares, et que le truc est millimétré. Dans le domaine cinématographique, l’exemple qui me vient est un film assez peu connu, de Pablo Berger, qui s’appelle Blancanieves. En 2012, le gars a décidé de faire un film muet. Avec tous les codes du genre. J’adore ce film, c’est un bijou, un exercice, je le trouve très très beau.

 

La communion, c’est “chercher à être avec”. Si votre but est que votre public se reconnaisse dans ce que vous exprimez, qu’il s’identifie aux paroles de votre chanson ou à l’histoire de votre livre, vous êtes dans une posture de communion. La communion cherche à rassembler, à créer un instant privilégié de “vivre ensemble”. L’image qui me vient naturellement, là, c’est les célébrations de victoire au football, les kermesses ou les grands bals folkloriques. Un·e artiste qui cherche la communion a tendance à entretenir un lien sincère et privilégié avec son public, ou à être un·e très bon·ne manipulateur·ice.

 

Les premiers artistes auxquels je pense quand je pense communion, c’est Big Flo et Oli, et notamment la chanson “Je suis” qui est une ode à la solidarité et à l’empathie assez magnifique. Ou une série comme Stranger Things, qui cherche clairement à susciter chez lea spectateur·ice un sentiment de connivence avec les fans de l’esthétique des années 80. Globalement les artistes qui arrivent à fédérer autour d’eux une communauté, parce qu’iels parlent d’enjeux dits “universels”. Harry Potter, par exemple, oeuvre de communion.

 

La confrontation, vous l’aurez deviné, c’est l’inverse de la communion. J’ai décidé de la définir comme “chercher à être autre”. Si la communion cherche la fusion, la confrontation cherche l’altérité. Et ce n’est pas seulement l’image du punk ou du rappeur qui insulte son public, ça peut être de la confrontation moins directement violente, avec un enjeu de “juste” montrer. En choisissant un sujet particulier pour son documentaire, par exemple, ou en faisant un choix esthétique radical. Des gens qui vont chercher le malaise ou l’ennui, par exemple. Chercher à choquer, à surprendre, à être différent.

 

Bon j’ai en tête des gens comme Marina Abramovic, qui a littéralement proposé des rencontres où elle regardait son public dans les yeux. Je pense à Sophie Calle, qui a monté une exposition plastique autour d’une lettre de rupture. Je pense à Youssoupha et à ses textes directement adressés à Eric Zemmour, Marine Lepen ou François Fillon.

 

La confrontation n’est pas forcément conflictuelle. La communion cherche la ressemblance, la confrontation la différence.

 

Quand on parle de communion et de confrontation, on a tendance à se dire “oui mais une oeuvre qui cherche la communion peut être reçue comme confrontation, ou l’inverse”, voir “mais Machin par exemple, il dit qu’il est dans la confrontation alors que son contenu est super consensuel”.  L’enjeu ici n’est pas de définir la façon dont l’intention va être reçue par un public. Quand je vous ai donné des exemples tout à l’heure, j’ai cherché à “me mettre à la place” des artistes que j’ai évoqué. Cet exercice à ses limites, puisque je ne les connais pas personnellement, mais l’idée c’est vraiment pas de réfléchir à comment l’oeuvre va être reçue.

 

Cette donnée n’est pas maîtrisable. La seule donnée que vous maîtrisez, c’est votre intention, et votre action ! Donc l’idée ici c’est de se demander “quelle est mon intention à moi, comment j’ai envie de toucher avec ma création ?” La façon dont ce sera reçu ne vous appartient pas complètement, puisque nous ne sommes pas dans une simulation dont vous êtes le héros/l’héroïne. Ou peut-être que si. En tout cas je préfère l’idée que nous soyons dans un univers où nous sommes tous sujets, je trouve cela moins morbide. Donc même si je suis seul branché à une machine et que vous êtes des projections de ma conscience, je préfère vous considérer comme sujets libres.

 

Du coup, vous cherchez quoi, vous, dans votre pratique ?

Moi vraiment ça varie beaucoup. Je pense que j’ai pu avoir des gestes esthétiques, de l’ordre de la performance (je pense au Destin de Juliette, à la Compagnie en Pyjama ou à Je ne dirai plus jamais je t’aime). TIMING ou le Lierre et la vigne c’est clairement la communion, d’ailleurs ce sont mes oeuvres les plus populaires. La Lettre c’est de la confrontation pure. Là en ce moment je bosse sur les Enfants du Désordre, et comme c’est un projet avec plusieurs rituels, j’ai pas envie de fixer un enjeu global… bref.

 

Si vous avez envie de creuser ces enjeux de posture, d’intention, dans votre pratique, vous pouvez souscrire à mon offre de coaching de trois mois. C’est un terrain de jeu pour expérimenter différentes choses, notamment en dehors de ce que vous avez l’habitude de faire. L’offre est dans la barre d’info, je vous laisse aller voir, ça s’appelle la page blanche.

 

Bon je m’arrête là pour aujourd’hui, j’espère que ça vous a plu, si c’est le cas mettez cinq étoiles à ce podcast sur la plateforme où vous l’écoutez. Partagez-le, parlez-en autour de vous.

 

Je vous souhaite une très belle journée, une très belle soirée, une très belle nuit en fonction du moment où vous écoutez ce podcast. Causez le moins de souffrance possible, à très bientôt.

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