06. Ce qui se joue quand on joue

 

script vraiment très approximatif (j’ai quasiment tout bougé)

Bonjour et bienvenue dans intimatopia, le podcast qui vous aide à renouer avec votre créativité. Je suis Lille Clairence, et je vais bientôt mourir.

C’est le sixième épisode de ce podcast. Je voulais vous remercier pour l’accueil que vous lui avez réservé jusqu’ici. Merci pour tous vos partages, pour vos encouragements et vos critiques. Ces retours sont très importants pour moi. Si ce podcast vous plaît, si vous pensez que ce que je raconte ici vaut la peine d’être partagé, s’il vous plaît, parlez-en autour de vous, à vos amis, à vos collègues, dans votre famille. Mon but est de vivre à temps plein de l’activité que je lance avec ce podcast, donc chaque partage compte puisqu’il peut déboucher à une vente pour moi.

Est-ce que vous jouez, vous ? C’est quoi la place du jeu dans votre vie ? Jeux de plateau, jeux de rôles, jeux vidéos, escape games, meurtres et mystères, cartes Magic, figurines, jeux de pistes, A.R.G, party games, free 2 play…

Je me suis longtemps défini comme game designer, parce que j’évoluais dans un milieu où utiliser le mot “jeu” pour parler de ce que je produisais était adapté. En plus, je faisais partie de la franche des théoricien·ne·s de ce milieu : celleux qui se posent des questions sur leurs pratiques, les expérimentateur·ice·s, les snobs élitistes (on nous a donné plein de noms).

 

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler d’une question qui m’anime profondément. Qu’est-ce qui se joue quand on joue ? Le jeu, c’est un espace ritualisé en dehors du monde, puisqu’il répond à des règles différentes de celle de la vie. Le jeu est aussi un espace libre : les règles sont acceptées et négociées par tou·te·s les participants, on peut arrêter de jouer à tout moment, les rôles sont clairs, chacun·e a une place.

 

C’est une sorte d’utopie, le jeu. Un moment éphémère où tout le monde sait ce qu’il a à faire, et si on perd cela n’aura pas de conséquences sur “la vraie vie”.

Et pourtant, le jeu fait partie de “la vraie vie”. Il est teinté de ce que nous sommes, en tant que civilisation. Le rêve, la magie, l’art, le jeu, la fiction sont des espaces que nous définissons comme “hors du monde”. Mais existe-t-il vraiment des lieux hors du monde ?

Vous connaissez peut-être le boulot d’Anita Sarkeesian. Dans sa série de vidéos Tropes vs Women, elle analyse en quoi les univers fictionnels dans les jeux vidéos ne sont pas vraiment vraiment en dehors des conventions sexistes de notre univers “réel”. La vidéaste, après avoir publié cette série, a été la cible d’une campagne de cyber-harcèlement extrêmement violente, de la part de joueurs qui se sentaient agressés par son propos.

 

Ce n’est pas qu’un jeu.

 

En 2015, mon amie Luciole Pouchard a publié une tribune qui s’intitule : “Casting en GN : discussions sur le réalisme”. Je vous en lis quelques passages :

“Le réalisme de nos GN est une illusion. Un simple coup d’œil aux photos d’un GN historique suffit à nous le montrer : les costumes portés par les joueurs et joueuses n’ont la plupart du temps rien de réaliste. Plus encore, l’écriture même de nos GN n’est pas réaliste. Même pour ceux qui le recherchent au maximum et dont je fais partie, nous ne faisons que proposer une réalité alternative, qui peut être distordue à l’envi en fonction de nos besoins de scénaristes. Ainsi, comment peut-on encore se cacher derrière cette excuse du réalisme au moment de faire un casting ?”

“Puisque notre capacité d’abstraction est réelle, puisque nos jeux ne sont pas réalistes et que nous le savons, pourquoi ne pourrions-nous pas jouer indifféremment selon le genre du personnage ? Pourquoi devrais-je avoir plus de difficultés, moi, en tant que joueuse, à incarner un rôle masculin dont la personnalité s’approche de la mienne, plutôt qu’un rôle certes féminin, mais dont la personnalité est diamétralement opposée à ce que je suis et peux jouer ?”

 

fin de la citation

 

Pourquoi est-il plus facile à un homme de mon âge d’envisager de jouer un elfe, un nain, un orque que de jouer une femme ? Pourquoi est-il plus facile pour les femmes de jouer des personnages masculins que l’inverse ?

Parce que quand nous jouons, nous jouons avec notre corps, avec nos représentations, avec notre privilège, avec notre machinerie émotionnelle. Alors, oui, plus la plateforme est virtuelle, plus nous pouvons aspirer à la neutralité, mais là encore, cette neutralité est relative. Qui peut dépenser le temps que demande l’implication dans une guilde sur World of Warcraft ? Qui a passé une partie non négligeable de sa socialisation à pratiquer ce type d’activité ?

Je crée des expériences pour des gens qui me ressemblent. Mon point de vue est situé, mon vécu n’est pas universel. C’est dur à admettre, ça fait mal à mon fantasme de toute-puissance, mais c’est la vérité.

 

Et pourtant…

 

Depuis décembre, je fréquente un type pour qui le jeu vidéo est une passion assez centrale. Souvent, ses avatars sont des femmes. Et pas seulement des femmes avec des seins énormes, non : il aime interpréter des meufs.

Je vous parlais dans un épisode précédent de ce qu’avaient pu expérimenter les joueur·euse·s du Lierre et la vigne en terme de sortie de zone de connu artistiquement et relationnellement.

Le jeu est une traversée. Je vais pas vous citer Paul Préciado parce que j’ai du rendre un appartement sur Uranus à mon pote Knoxley, mais en gros, quand je dis que le jeu est une traversée, je veux dire que l’endroit où on est censé·e·s être quand on joue n’existe pas, mais que l’endroit où on est censé·e·s être quand on ne joue pas n’existe pas non plus.

La seule chose qui existe, c’est le mouvement que nous faisons pendant la traversée entre ces deux espaces imaginaires : l’espace de la fiction, et l’espace de la réalité.

 

Et cette traversée a des conséquences concrètes. Je suis devenu un garçon “dans la vraie vie” parce que j’ai joué des garçons “en jeu”.

 

J’ai commencé un bouquin, qui s’appelle “L’invention de la réalité”, là. On va voir où ça nous mène, mais posons ceci : le jeu est un espace où il est possible de s’inventer.

Si vous avez envie de vous inventer à travers une aventure que j’ai conçue pour les artistes paumé·e·s, vous pouvez souscrire à mon offre de coaching que vous trouverez sur mon site https://intimatopia.fr/la-page-blanche

Je m’arrête là pour aujourd’hui. La semaine prochaine, je vous parlerai des structures de jeu et de ce qu’elles induisent dans nos rapports inter-joueur·euse·s.

N’hésitez pas à me confronter, à donner votre avis, à partager ce podcast un peu partout aussi. S’il vous a plu, mettez lui cinq étoiles sur la plateforme sur laquelle vous l’écoutez, ça permet véritablement de donner de la visibilité à mon travail.

Je vous souhaite une très belle journée, une très belle soirée, une très belle nuit. Causez le moins de souffrance possible, à très bientôt.

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