07. Ce qui se joue quand on joue 2/2

 

script approximatif :

Bonjour et bienvenue dans le septième épisode intimatopia, le podcast qui vous aide à renouer avec votre créativité. Je suis Lille Clairence, et je vais bientôt mourir.

 

Avant de commencer aujourd’hui je voudrais vous expliquer pourquoi je vous transmets gratuitement le savoir que j’utilise dans mon travail. Peut-être que ça vous paraît bizarre de révéler les outils que j’utilise, alors que mon but c’est quand même d’être payé pour ce que je fais. Bon déjà avant que je vous donne tous les outils, on a de la marge : on est au septième épisode, je compte en faire au moins une centaine, donc…. Ensuite, il y a un fossé, que dis-je, un gouffre, entre connaître voire même comprendre un outil et l’intégrer/l’appliquer.

 

Je pense qu’on sait tous et toutes ici comment remettre l’art au centre de sa vie. Je veux dire, c’est pas la méthode le problème. Vous savez comment créer, vous avez sûrement consommé d’autres contenus sur la créativité, sur la page blanche, sur l’écriture, sur comment créer sa chaîne youtube, comment apprendre à dessiner, comment faire un storyboard. Les connaissances, vous les avez. Personnellement je pense même que les compétences, vous les avez. C’est pas ça le problème.

 

Le problème, il est autre part. Le problème, c’est l’espace que vous vous accordez en tant qu’artiste. Il est possible que le problème, ce soit l’espace que vous vous accordez tout court, d’ailleurs.

 

C’est pour ça que je propose une offre de coaching en fait. Parce que j’ai envie de vous aider à vous accorder cet espace. C’est tout en fait.

 

Bon allez retour au sujet du jour, qui est en plus un sujet qui me passionne au point que j’ai fait deux épisodes dessus au lieu d’un seul. Et je suis sûr que j’en ferai d’autres. La semaine dernière, j’ai abordé ici-même ce qui se joue quand on joue. On a parlé de l’espace du jeu versus l’espace de la réalité, et de la traversée entre ces mondes.

 

Je creuserai ces notions, hein, au fil du temps. C’est vraiment central dans ma pratique, et dans la définition que je donne au métier d’artiste. Mais aujourd’hui, j’ai envie de vous partager la classification des différents types de jeux selon Roger Caillois, parce qu’elle m’accompagne depuis quelques années maintenant et que je la trouve utile.

 

Roger Caillois est un sociologue, et il a écrit un bouquin assez important dans les game studies qui s’appelle Des jeux et des hommes. Vous vous rappelez peut-être, dans un précédent épisode j’ai parlé de Paidia, une expérience de jeu sans règles que j’ai mené en 2016. Cette expérience m’avait été soufflée par la lecture Des jeux et des hommes. Et c’est dans le cadre de cette lecture que j’ai découvert les quatre types de jeux selon Roger Caillois, soit la compétition, le hasard, l’imitation et le vertige.

 

Roger Caillois il donne des noms un peu plus cool puisqu’il dit agôn, alea, mimicry et ilynx. Je trouve ces mots jolis, mais j’aime encore plus le sens qu’il donne à chaque catégorie, et surtout, ce que chaque catégorie dit sur l’existence humaine. C’est pour ça que j’aime les systèmes, les classifications : les structures m’aident à penser ce monde chaotique. Les sciences, l’art, la politique, la psychanalyse sont autant d’exercices de modélisation de l’univers, en répondant à des enjeux différents avec des langages divers.

 

Les mots qui vont suivre ne sont pas ceux de Caillois, mais les miens. Pour chaque catégories, je vous livre ce que ça me raconte de l’humanité. Je vous invite à creuser le travail de Caillois si vous voulez en savoir plus sur son analyse, ici s’arrête la citation, ici commence la poésie.

 

agôn jeu d’égo, Il s’agit de gagner, de vaincre, il s’agit d’honneur, et de qui sera le plus fort. jouer contre, prendre le dessus, prendre l’ascendant, trahir, être au centre, avoir son moment de gloire. Il faut s’entraîner, il faut se battre, et que le meilleur gagne. Il le mérite.

alea jeu divin, Le sort en est jeté, rien ne va plus, rien ne dépend de moi, c’est le jeu qui décide. Je m’en remets au jeu, je m’en remets aux dés. Je crois, j’espère, je prie pour la victoire dont  je n’en suis pas responsable. Disgrâce infâme, faveur absolue. Je suis le jouet du destin.

 

mimicry jeu de masques, faire comme, faire comme si, simuler, faire semblant, se mettre à la place de, rester à sa place. Se déguiser, se travestir, jouer un rôle. Devenir autre, changer de peau, changer d’espace. Vivre dans son corps ce que c’est que d’être une locomotive. Trouver de nouveaux signes, de nouveaux mots, de nouvelles histoires.

 

ilynx jeu de mort se faire peur, se faire mal, tourner, voler, danser. Se mettre en danger, consciemment, chercher le vide. Se sentir vivant. Revenir du monde des morts, voyager de l’autre côté, traverser le Styx. Faire le mur, provoquer l’accident, marcher sur la pointe des pieds.

 

L’ilynx fait peur. Cette recherche du vertige peut sembler absurde, il s’agit d’un risque inutile. On ressent au contact des ados qui s’étranglent au jeu du foulard le même malaise que pour les pratiquant·e·s de BDSM ou pour les alpinistes. Une question demeure sur toutes les lèvres : pourquoi vous faites ça ?

 

Je ne veux pas qu’être vivante, je veux me sentir vivante.

Le sens-tu, Lola, ce feu qui brûle au creux de ma poitrine, le sens-tu ?

Je ne veux pas qu’être libre, je veux que toustes le soit, à quoi bon être libre dans un monde de programmes informatiques, si je suis le seul à danser je suis fou. Un fou anthropologique, Minuit.

 

Je ne sais pas si on peut dire que la page blanche est un jeu. Je crois que d’une certaine manière, oui. La page blanche, c’est mon offre de coaching. Si on décide que c’est un jeu, alors clairement je pense que l’expérience de jeu que je propose se situe entre le mimicry et l’ilynx.

 

J’ai l’impression d’être super sulfureux, là. Après je suis un garçon queer qui propose une aventure intime en ligne à des inconnu·e·s, donc je comprends comment on peut penser ça de moi. Cette aventure, elle s’appelle la page blanche, et tu peux la retrouver sur mon site intimatopia.fr/la-page-blanche.

 

Merci d’avoir partagé ce moment avec moi. N’hésitez pas à me confronter, à donner votre avis, à partager ce podcast un peu partout aussi. S’il vous a plu, mettez lui cinq étoiles sur la plateforme sur laquelle vous l’écoutez, ça permet véritablement de donner de la visibilité à mon travail.

 

Je vous souhaite une très belle journée, une très belle soirée, une très belle nuit en fonction du moment où vous écoutez ce podcast. Causez le moins de souffrance possible, à très bientôt.

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